Epître à Pison ou Art Poétique d'Horace

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Epître à Pison ou Art Poétique d'Horace

Message  Charlotte le Jeu 7 Oct - 18:48

Art poétique
Horace

I) Eléments biographiques

- 8 décembre -65 : Naissance d'Horace à Vénose dans le sud de l'Italie.
- Il est le fils d'un affranchi qui exerçait le métier de coactor (caissier des ventes aux enchères).
- Il a 7 ans quand son père s'installe à Rome afin de lui assurer une éducation soignée.
A 18 ans, il part pour la Grèce pour en étudier la langue et la philosophie.
- -44 : assassinat de César : Horace s'enrôle dans l'armée des « libérateurs » (contre Octave et Marc-Antoine, Octave étant le fils adoptif de César et le futur Auguste). Brutus le remarque et le nomme chef d'une légion.
- 22 Octobre -44 : Brutus est battu par Octave et Marc-Antoine, il se suicide, et Horace s'enfuit.
- Une amnistie ayant été accordée aux vaincus, Horace revient à Rome, où il apprend la mort de son père et la confiscation de ses terres. Pauvre, il devient scribe auprès d'un questeur et se met à la poésie.
- Il se lie rapidement d'amitié avec Virgile, qui vers -38 le présente à Mécène, confident d'Octave/Auguste, protecteur des arts et des lettres. Il le prend sous sa protection, l'introduit dans les cercles politiques et littéraires et lui offre une villa près de Tibur.
- Sa réputation s'établit si bien qu'en -17 il a l'honneur de composer lui-même les chants séculaires des fêtes du même nom, prestigieuses.
- -8 : Il meurt quelques mois seulement après Mécène qui, sur son lit de mort, l'aurait encore une fois recommandé à Auguste.

II) Son oeuvre

C'est de lui que viennent les devises « carpe diem » et « aurea mediocritas » (« juste milieu précieux comme l'or »), tirées de ses Odes.
Il a écrit :

- Des satires : genre typiquement romain créé par Lucilius au II° siècle av JC. Deux recueils en hexamètres dactyliques. Le genre est propice à l'autoportrait et Horace y excelle. Horace critique tout, les questions sociales, l'éthique, la littérature de son temps, mais évite le sujet politique.
- Des épodes : il y en a 17. Elles sont écrites en distiques de type iambique. Horace les appelait tout simplement « iambes », se plaçant dans la lignée de Catulle (ce qu'il se garde bien de proclamer car Catulle était détesté des césariens, donc d'Auguste). Il préfère se revendiquer d'Archiloque, l'inventeur de l'iambe en Grèce. Le ton est celui de l'invective, le style est âpre et tendu ; l'érotisme le plus cru peut y côtoyer les accents les plus patriotiques.
- Des odes : quatre livres, qu'Horace comparait fièrement aux pyramides d'Egypte. Il a réalisé dans ces oeuvres des exploits métriques admirés. Virtuosité verbale etc. Mais là où il se surpasse c'est dans la maîtrise du contenu : tout s'y côtoie : sphère privée, sphère publique, amours, politique, monde grec, monde latin, mythologie, actualité brûlante, épicurisme poussé à l'extrême, stoïcisme aiguisé...
- Des épîtres : Deux recueils, et dans le deuxième, on trouve notamment l'Epître au Pison, plus connu sous le nom d'Art poétique. C'est écrit en hexamètres ; les épîtres sont des causeries assez libres, mais les épîtres étant des lettres fictives, elles s'adressent à des personnes bien précises, et le ton y est moins vif, le style plus détendu.

III) Manifeste

1) Introduction

- Il faut savoir que cette fiche regroupe des informations qui ne sont pas forcément dans l'ordre du livre, car Horace est assez désorganisé et il parle de choses semblables en les séparant parfois de plusieurs pages. Aussi j'ai tenté ici de faire des sous-parties, qui ne sont en aucun cas chronologiques dans l'œuvre, et qui servent simplement à un peu plus de clarté.
- La différence de cette oeuvre avec les autres, c'est qu'il s'agit d'une épître et non pas d'un Ars pédant qui se revendiquerait comme tel. Il est donc assez compliqué de comprendre ce petit traité qui nous expose ses théories concernant la poésie, le poème et le poète (suivant l'ordre grec qu'il suit) dans une conversation à bâtons rompus.
- Horace s'adresse aux Pisons, manifestement un père et ses deux fils, peut-être le Pison qui fut consul en -23 et ses deux fils, qui le furent en -7 et -1.

Tout comme Du Bellay qui se réfère beaucoup aux Romains, Horace ne cesse de se référer aux Grecs et à la perfection de leur éloquence. Il dit que les Romains sont trop préoccupés par les chiffres, les calculs etc., et qu'il vaudrait peut-être mieux qu'ils se tournent vers l'écriture.

2) Ambition et rôle du poète

- « Les poètes veulent instruire ou plaire ; parfois plaire et instruire en même temps.
Pour instruire, mieux vaut faire court : l'esprit ne retient pas les longs discours.
La fiction doit le plus possible se rapprocher de la réalité. Dans pour autant dévoiler les horreurs.
Le plus apprécié, c'est ce qui allie les deux, instruction et plaisir.
- Si les avocats, les juristes etc. on le droit d'avoir une langue médiocre, ce n'est pas le cas des poètes, qui n'ont pas le droit à l'erreur. Parfois Homère fait des vers moins bons que les autres et Horace s'en irrité, malgré son admiration pour ce « bon Homère ». Pas de négligence. Une petite erreur peut être permise, mais si elle est rare.
Bref, quand on ne sait pas écrire, on n'écrit pas (ce que va reprendre Du Bellay).
- Donc créer un poème c'est travailler et... y méditer. On doit demander conseil à un savant, aux proches, et on doit laisser « neuf ans » dans une cassette le texte écrit, pour prendre le temps de le méditer. Car « le mot une fois parti ne revient plus ». Idée reprise par Du Bellay.
- Le poète ne doit pas à tout prix rechercher à créer un chef-d'oeuvre, il en viendrait à faire n'importe quoi, comme un peintre dessinerait un dauphin dans les bois pour faire beau. « je n'aimerais un nez de travers avec de beaux yeux et de beaux cheveux noirs ». Il faut se préoccuper de l'ensemble, du sujet etc., pas seulement d'atteindre la gloire.
- « si vous choisissez un sujet qui vous convienne, vous ne manquerez ni d'abondance, ni de cette clarté qui vient de l'ordre » : il ne faut pas viser trop haut, il faut être fidèle à soi-même et à ses possibilités.
- Il est risqué de s'aventurer sur un chemin jamais emprunté auparavant, de raconter une histoire non contée, d'imiter ce qui ne l'a pas encore été (car il ne s'agit pas forcément d'imiter un poète, mais bien le réel, l'Histoire, tout ; le but est que tout soit tiré du monde réel). Attention aussi de ne pas imiter de manière pauvre et étroite.
- Horace recommande aussi de l'humilité de la part du poète : qu'il n'annonce pas qu'il va écrire des merveilles, car sa promesse sera très difficile à tenir ; qu'il s'adresse plutôt humblement à la Muse en lui demandant de le bien inspirer, comme l'a fait Virgile auquel Horace fait ici allusion.
- Horace se moque des poètes qui, pour se donner l'impression d'être de vrais grands poètes, ne se lavent pas, s'exilent dans la solitude, laissent pousser leur barbe etc.
- Il vaut mieux que le poète écrive une œuvre profonde, touchante etc., et un peu imparfaite au niveau de la versification, plutôt qu'il publie un écrit à la forme parfaite mais au message, au sens, futiles et vides.
- Le bon poète doit être instruit. Personne n'a le droit de prétendre être bon poète s'il n'est pas instruit. Et si les riches qui souhaitent écrire mais sont mauvais s'entourent de flatteurs, ils n'en sont pas moins médiocres.
Pour celui qui demande conseil à des proches, attention aux flatteurs. Pour les reconnaître, il suffit de regarder comment ils réagissent : s'ils sont excessifs, s'ils sont émus aux larmes etc., c'est qu'ils se moquent. Le sage critiquera les vers faits sans art et gardera une certaine pudeur lorsqu'il approuvera ce qui est bon.

3) Qu'est-ce qu'une oeuvre réussie ?

a) Importance de l'imitation du monde réel

Horace nous représente un tableau hideux, qui imiterait une femme à queue de poisson, à plumes et à cou de cheval. Il se sert de cette image pour la comparer avec les oeuvres littéraires qui ne créeraient pas en s'appuyant sur la vie réelle, le monde réel : tout comme cette silhouette vaguement humaine, ce serait une oeuvre bancale, sans racines, sans mérite, sans beauté. Il ne sert à rien de l'enrober avec de jolis mots, ça ne change rien.

b) Généralité – sincérité du poète, jeu de l'acteur dans le cas du théâtre...

Il ne suffit pas que l'oeuvre poétique soit belle : elle doit émouvoir (ce que pensera aussi Du Bellay). Pour émouvoir le lecteur, il faut être sincère dans son écriture : « si tu veux me tirer des pleurs, tu dois d'abord en verser toi-même ». Et en ce qui concerne le théâtre, l'acteur doit être bon.

c) La langue, le style, la syntaxe à employer

- En ce qui concerne les mots, Horace conseille bien de créer des mots en en associant plusieurs, surtout s'ils dérivent du grec. Mais comme chez Aristote et Du Bellay d'ailleurs, il ne faut pas en abuser.
- Quant à avoir le droit de créer des mots, Horace le revendique : la langue change, il faut la renouveler, bien des mots sont morts et d'autres doivent naître. C'est le destin.
- Emploi des vers :
* Quel vers peut chanter les exploits des rois et des chefs, la guerre et ses tristesses ? C'est Homère qui l'a montré : l'hexamètre dactylique.
* Le distique servait auparavant pour les plaintes funèbres, et pour l'élégie, ce qui fut critiqué avant qu'Archiloque n'inventa l'iambe et ne l'implante dans l'élégie.
* Cet iambe fut aussi adopté par le théâtre.
Les vers doivent être utilisés, il n'est pas question, sous prétexte que tout le monde n'apprécie pas forcément les vers à leur juste valeur faute d'éducation, de se laisser aller à ne pas en faire du tout. Ce serait honteux et lâche.
- Attention, il n'est pas question de mélanger les styles et les vers. On ne va pas employer le vers tragique pour une comédie et inversement, même si quelquefois un héros comique fait un discours qui se veut convainquant et solennel donc en hexamètres, et si parfois un tragique, touché par la tristesse et le désespoir, s'exprime en vers élégiaques (alternance hexamètres/pentamètres).

d) L'action

- « écris ce que tu voudras ; que du moins ton sujet ait simplicité et unité »
>>> tout comme Aristote le dit : une seule action, et claire.
- L'action se passe soit sur la scène, soit dans un récit. Là encore, comme Aristote, Horace préfère le théâtre à l'épopée, ou plus généralement, à tout écrit : « L'esprit est moins vivement frappé de ce que l'auteur confie à l'oreille (à l'époque les récits étaient chantés, ndlr), que de ce qu'il met sous les yeux ». C'est plus direct, plus vrai.
- Cependant que certaines actions se passent en coulisse : pas de mort sur scène, tout ce qui peut choquer doit être raconté par un témoin oculaire. Pas non plus de transformation sur scène, comme Procné en oiseau.

e) Les personnages

- Ils doivent être vraisemblables et agir logiquement selon leur caractère et leur nom : Achille va être actif, emporté, etc. Ino va être gémissante, Médée farouche et inflexible... Pas d'absurdités.
- Si l'auteur crée un personnage tout entier, alors que ce personnage soit fidèle à lui-même et ne change pas tout le temps de caractère, n'agisse pas de manière absurde (on retrouve aussi ça chez Aristote).
- Plus loin dans l'oeuvre, Horace dira des personnages que selon leur âge ils auront des caractères plus ou moins délimités par avance, car on ne peut pas tout faire faire à un enfant etc. Il dresse de chaque âge un portrait satirique assez drôle.
- Les personnages sont le langage même de la vie, il faut observer les gens avec un œil acéré.

f) Formes des différentes manière d'écrire

- En ce qui concerne le théâtre, la pièce doit avoir cinq actes, ni plus ni moins.
- Pas d'intervention divine, sauf s'il y en a vraiment besoin dans le dénouement.
- Trois personnages au plus.
- Le choeur est un personnage à part entière. Ce qu'il dit est étroitement lié à l'action. Son rôle est d'appuyer et de conseiller les « honnêtes gens », de calmer les colères, de réserver sa sympathie aux personnages scrupuleux, de célébrer la sobriété, la justice tutélaire, la loi, la paix. Il garde les secrets et demande aux dieux dans ses prières de rendre leur bonheur aux misérables et de l'enlever aux superbes. EN GROS c'est La Morale, Le Bien.
Autre fonction du choeur, arrivée plus tard : prédire l'avenir comme la Pythie.
- Les musiciens : avant, une lyre à peu de cordes et une flûte au son timide. Désormais, la flûte est plus forte et à elle s'est ajoutée la danse et les costumes, comme à la lyre se sont ajoutées des cordes.
- La tragédie a été inventée, selon Horace, par Thespis ; Eschyle créa le masque et la longue robe, il installa une scène sur de petits tréteaux, chaussa les acteurs de cothurnes (chaussures à talon très haut pour que les acteurs soient bien vus).
- La comédie ancienne était respectable mais, trop libre, elle a dégénéré et il a fallu la restreindre.
- La satire : certes elle est drôle et plaisante mais elle ne doit pas non plus être complètement absurde, elle est sur fond de sérieux. Pas de dieux dans les tavernes par ex. Pour faire une satire, il ne s'agit pas de prendre une tragédie et de lui greffer une langue plus courante. C'est plus que ça, c'est tout un art, la parole doit sembler simple mais être très travaillée.

IV) Conclusion

Un écrit très, très inspiré d'Aristote : mêmes préceptes. Tout comme lui par exemple, Horace préfère le théâtre (la tragédie, même s'il ne le dit pas explicitement, ça se voit à sa manière d'en parler), et tout comme lui il s'attarde sur la description de la pièce de théâtre et néglige les autres styles.
Cependant, il y a des différences avec Aristote : Horace ici donne des ordres, il conseille fortement le poète, il a une volonté de persuader, tout en ponctuant son style de grandes touches d'humour. Aristote se contentait d'exprimer ses points de vue, mais sans vraiment donner des ordres.
Du Bellay s'inspirera beaucoup d'Horace et comme lui il donnera des ordres, des conseils.

Dans la pensée d'Aristote et d'Horace, on sent déjà tous les préceptes du classicisme.

Charlotte
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